EXO EXO


Les promesses comptent, comme les pleurs
Agata Ingarden, Lisa Signorini, Masha Silchenko

Exo Exo, Paris
September 16 - October 24, 2021





Elisa : ok on va l’appeler « Les promesses comptent, comme les pleurs »

Agata : wow it’s like you promised me you will marry me I will never forget how much I cried, hahaha

Elisa: Mais non !

Agata : C’était quoi un peu ton idée quand t’as pensé à nous 3 ?

Elisa : l’idée du cosmos, de la mélancolie et de l’apocalypse

Elisa : l’idée des énergies et des affects

Elisa : bien sûr l’importance des pleurs et des émotions

Elisa : je trouve ça cool que ce soit dans le titre

Agata : oui grave

Agata : J’aime trop la chimie (physicalité) des émotions

Agata : Les émotions comme des énergies, des échanges et des flux de communication en peu comme les éléments

Le travail de Masha est le plus nouveau des trois pour moi au sens où nous venons de se rencontrer. Ses peintures sont des paysages qui se construisent comme des portraits. Les larmes y ont pris la place de tous les courants liquides qui composent notre géographie : les cascades, les torrents, les rivières. Agata dit souvent de ses propres pièces que ce sont de véritables « paysages émotionnels ». Elle aime beaucoup cette expression. Ça pourrait marcher pour les tableaux de Masha aussi. C’est la mélancolie qui jaillit de tous les visages de la terre. Après ma première visite à son atelier, elle m’envoie un mail avec un lien vers un texte de Romain Noël, historien de l’art. Il s’appelle « Organiser l’apocalypse. Décrire la vie qu’on veut. Se battre pour cette vie ». Il y parle de la mélancolie comme une chère et douce amie dont il ne faut pas avoir peur. Il y dit : « Lorsqu’elle se baigne avec ses congénères dans l’ombre et les larmes, la créature mélancolique non seulement prépare quelque chose, mais aussi et surtout travaille à autre chose. Parfois, cette baignade prend des formes surprenantes, comme une fête, une manifestation, un groupe de parole, un verre le soir dans quelque rade obscur et tendre. Je crois que j’aurais aimé, quand j’étais plus jeune, qu’on me parle de cette société secrète ».

Je me souviens de la première impression que Lisa m’a faite quand je l’ai rencontrée. J’ai entendu sa voix. Elle aussi était tendre, apaisante comme un filet d’eau qui coule. Pourtant, la puissance de ses émotions est entière. Elle prend dans ses dessins la forme de personnages amoureux ou épris, dans des postures érotisées qui rappellent l’esthétique émo ou la culture manga. Se confier et ne pas brimer la force de ce que l’on ressent. C’est exactement ça. L’exalter. Le répandre, pas comme une manifestation invasive qui avalerait tout sur son passage, mais comme un torrent d’eau qui nourrit et embrasse. Dans les compositions de Lisa, les corps se frottent et s’attisent d’abord par que les émotions se dévorent. Ses univers ont faim. Je me dis souvent ça. Ses mondes explosent de tristesse, d’empathie, d’amour, de colère. Tout dans la violence, le bien comme le mal. Tout à l’inverse de sa voix.

Ces ami.e.s ou ces fantômes sont absents du travail d’Agata. Elle leur préfère le paysage. Casino Aquarius est comme un plan de l’univers, une carte des éléments qui le composent : la chaleur, la lumière, le vide, le hasard. Mais c’est aussi une table de jeu composée d’un panneau solaire, une console dont les formes rappellent le découpage d’une ville. L’image ancestrale d’une planète plate avec ses océans qui débordent dans le vide. Deux anneaux de roulette viennent nous rappeler pourtant la dimension cyclique de chaque chose, le temps, et ce que l’on ressent. On passe notre vie à essayer de le lire dans l’alignement des planètes. Prédire l’amour ou prédire la fin en tournant la roue de la fortune. Nous voulons des probabilités et des prédictions pour une meilleure compréhension de nous-mêmes. Nous avons peur du hasard car nous avons peur d’être maître.sse.s de nos choix. Alors que ce hasard est la condition même de la mélancolie. Comment être triste, comment pleurer, comment rêver si les règles du jeu sont claires et que nous en connaissons déjà le prix ?

Agata raconte que son casino à elle n’est pas situé à Las Vegas, où elle n’est d’ailleurs jamais allée, mais quelque part en Europe de l’Est sur le bord d’une autoroute, entre un magasin de mobilier de bureau, un Duty free et un terrain vague abandonné. Même histoire, même rêve et même frisson.

Agata : après perso j’aime pas trop l’apocalypse – tout le monde en parle mais en fait elle a toujours été là. C’est notre réalité

Agata : like really for me its emotional landscapes

Agata : Maybe for the title we take something from this Bjork song

Agata : Nope actually just looked at lyrics but nothings there…


– Elisa Rigoulet