PTÔSES,Thomas Cap de Ville, 5.2.2026-14.3.2026,
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FR.
Il y a de la magie chez Thomas Cap de Ville, dans le voyage dans le temps mais aussi dans la résurrection si vive et l’assemblage des pièces éparses du souvenir. Il y a surtout de la méthode, dans l’obsession d’exaucer le vœux de faire la paix avec le passé.
L’œuvre de Thomas Cap de Ville constitue une série de 12 livres (réalisés entre 2015 et 2025) et constituant les mémoires de l’artiste. Sous des couches de scotch, des photographies, des polaroïds, des dessins, des objets, des cheveux, des dents, des fleurs séchées, des confidences sous forme de textes sont des morceaux de sa vie de ses 18 à ses 33 ans, collectés, conservés et offerts. Les personnes que l’on retrouve avec lui au fil des pages sont les partenaires d’une adolescence mystifiée, où l’identité se trouve tour à tour violentée, réparée. Le désir puissant d’appartenir embrasse tous les jours celui de partir dans un chaos minutieusement organisé, un grand moment de transformation.
Du jeune adulte (Livre 1) à l’enfant (Livre 12), la chronologie éclatée opère comme le souvenir, sous forme de flash, de fulgurances. Les différents formats invitent à différentes appréhensions et manipulations - l’engagement physique est important ici. Il faut se jeter dedans. Le projet s’appelle PTÔSES, du grec ancien ‘ptosis’ qui signifie ‘chute’. Le terme est utilisé en médecine pour désigner une descente d’organe. Le mouvement ici est celui d’une décharge, une éructation visuelle. Et si nous sommes physiquement impliqué.e.s dans ce que raconte Thomas Cap de Ville à travers ses livres, c’est parce que ça appartient plus à la pulsion qu’à la raison ou à la fiction.
Il y a de la prière finalement chez Thomas Cap de Ville, une prière au pouvoir thérapeutique et en un seul morceau, qui exorcise les peurs et ressuscite les morts. De la magie et des organes, du corps et du cœur. Comme dans une sorte de rite funéraire de momification, les bandes de scotch à la fin viennent soigner le passé, préserver les fantômes. Elles viennent créer une barrière pour les empêcher de revenir. À travers ce miroir, nous pouvons les voir, mais nous pouvons nous voir aussi. Un pacte, une promesse, c’est toujours là mais c’est fini.
– Elisa Rigoulet, janvier 2026
EN.
There is magic in Thomas Cap de Ville’s work: in time travel, but also in the vivid resurrection and reassembly of the scattered fragments of memory. Above all, there is method—an obsession with fulfilling the wish to make peace with the past.
Thomas Cap de Ville’s work consists of a series of 12 books (produced between 2015 and 2025) that together form the artist’s memoirs. Beneath layers of tape, photographs, Polaroids, drawings, objects, hair, teeth, dried flowers, and confessional texts lie fragments of his life from ages 18 to 33, collected, preserved, and offered. The people who appear alongside him throughout the pages are the partners of a mythologized adolescence, where identity is alternately violated and repaired. The powerful desire to belong embraces, day after day, the desire to leave—within a meticulously organized chaos, a great moment of transformation.
From the young adult (Book 1) to the child (Book 12), the fragmented chronology operates like memory itself, in flashes and sudden illuminations. The different formats invite different modes of perception and handling—physical engagement is essential here. One must dive in. The project is titled PTÔSES, from the Ancient Greek ptosis, meaning “fall.” In medicine, the term refers to the descent of an organ. Here, the movement is one of discharge, a visual eruption. And if we are physically implicated in what Thomas Cap de Ville tells through his books, it is because this work belongs more to impulse than to reason or fiction.
Ultimately, there is prayer in Thomas Cap de Ville’s work—a prayer with therapeutic power, whole and unbroken, that exorcises fears and resurrects the dead. Magic and organs, body and heart. Like a kind of funerary rite of mummification, the final bands of tape come to heal the past, to preserve the ghosts. They create a barrier to keep them from returning. Through this mirror, we can see them—but we can see ourselves as well. A pact, a promise: it is still there, but it is over.